Au surplus, dans cette édition spéciale, je proposerai le remplacement de certains textes que M. Aulard a tirés des Archives, par d’autres textes apocryphes et spécialement faussés par moi. Ce travail, sur la seule question de savoir si Napoléon était franc-maçon, ne comptera pas moins de cent trente-sept pages, de quatre-vingt-deux lignes chacune.
Enfin, j’étudierai longuement les liens possibles à établir entre les pensées successives de M. Seignobos. Il y a là un problème qu’on ne peut espérer résoudre scientifiquement qu’en établissant encore un jeu complet de fiches. Sur chacune, on portera une phrase de l’éminent historien. On établira deux à trois mille fiches. On les mettra toutes dans un chapeau, un vaste chapeau, celui, par exemple, de M. Michaut, qui a une forte tête. On tirera ; on transcrira ; on obtiendra un premier texte. On recommencera ; on établira un second texte. On comparera les deux. Après quoi, on demandera une conclusion esthétique à M. Victor Basch.
Voici quelques aperçus de ce que sera mon édition nouvelle, digne celle-là, j’espère, de contenter les esprits pensifs, à qui ne peut pas convenir une étude simplement humaine, sans annotations, interprétations ni explications. Je me permettrai seulement de conserver à l’ouvrage le même titre, afin que les fiches qu’on a pu établir sur moi, ou à la Sorbonne, ou rue Cadet, ne soient pas inutilisables.
Et maintenant que j’ai satisfait les lecteurs sérieux, je me tourne vers les lecteurs sensibles, car ceux-là aussi ont un grief, et il est grave.
Ceux-là penchent la tête. Ils me regardent de côté, l’air douloureux. Parmi ceux-là, il y a beaucoup d’hommes faibles et de femmes charmantes. Ils me lisent et ils soupirent. Ils aimeraient m’aimer plus qu’ils ne m’aiment. Ils sont dolents, inquiets, généreux. Je les connais ; je les reconnais. Je les entends gémir à chacun de mes livres. Ce sont des gens fort bien et touchants ; une bonne fois, je voudrais que nous causions ensemble.
Madame, n’ayez pas peur, prenez ce fauteuil. Vous, Monsieur, mettez-vous près de Madame. Et carrément, dites-moi de quoi vous m’en voulez…
C’est cela ?… Je le savais !…
Ainsi, vous souffrez que j’aie écrit une Farce sur la vénérée Sorbonne, où pendant cent pages, j’ai ri de maîtres ridicules ? Vous êtes bons, vous êtes patriotes, l’humanité vous semble encore plus pitoyable que comique, et vous éprouvez de ce que j’ai fait une gêne et un remords. Votre sensibilité s’émeut. Une voix grave chante en vous. Et tout à coup, avec le naturel des âmes sincères, vous vous écriez :
— Quoi !… A côté de ces fantoches, n’y a-t-il pas de bons maîtres qu’il convient de louer ?