Et les étudiants étaient sortis avec cet égarement sur le visage, qui est le propre de ceux qui entrevoient l’infini.
Deux, pourtant, — les plus superficiels, — crurent, après quelques heures de méditation, avoir atteint le sens caché de cette conclusion brunschvicgienne. Et comme ils avaient de l’amitié l’un pour l’autre, ils se confièrent leurs découvertes. Seigneur ! Elles se tuaient l’une l’autre ! Aussitôt, nos deux étudiants de s’envoyer par le visage des mots sans philosophie ni aménité, jusqu’à ce qu’un troisième survînt, qui leur conseilla d’aller soumettre le cas à M. Brunschvicg même : il déciderait. Ils se rendirent à cet avis et partirent chez le maître.
M. Brunschvicg sourit et parla. Ah ! c’était bien simple ! Il avait voulu dire simplement « que puisque l’universel était le collectif, la thèse de ce collectif-là, thèse subjective objectivement, était l’aboutissant de cette pensée à savoir que l’individu était représenté par la thèse subjective. »
— Voilà ! C’est cela ! s’écria le premier étudiant, ravi.
— Oui, oui ! c’est cela ! répéta le second, qui se sentit inspiré.
Et ils s’en allèrent bras dessus, bras dessous.
Malheureusement, j’ai déjà dit qu’ils étaient superficiels. Ils voulurent reprendre à la lettre les paroles du maître, dont il n’eût fallu conserver que l’esprit et comme l’odeur philosophique, et s’échauffant sur elles, ils n’avaient pas fait cent pas qu’ils se disputèrent de nouveau, mais avec tant d’âcreté, cette fois, qu’ils en vinrent aux mains.
Voilà le genre de récit, instructif et moral, que l’on pourrait trouver dans mon ÉDITION ROSE. Si l’enseignement est d’abord l’éveil des intelligences, l’aimable M. Brunschvicg est un maître ; c’est même « le maître en soi ». On comprendrait donc mieux par ce portrait l’admiration fervente que des étrangers vouent à notre Sorbonne. On sentirait aussi, et tout ensemble, opposées avec une louable équité, la grandeur et la misère de l’Université, ainsi que le profond mystère de l’entendement humain, lorsqu’il s’adonne à la sublime spéculation. Cette édition satisferait, je crois, les cœurs justes et bons.
Et maintenant, j’ouvre discrètement ma porte, prétextant qu’il fait un peu chaud, pour que le monsieur et la dame, à qui je devrai ce projet, puissent se retirer… tout en me remerciant.
Je les remercie de même, et les aime bien. Passez, Madame. Au revoir, Monsieur… Ouf ! me voici seul !