Dès lors Violette, en la qualité de mère, s'imposait. Violette sut se montrer aimable à souhait. Si elle faisait allusion, régulièrement, et pour ponctuer les chutes principales de ses phrases, à la renommée de son ami, elle avait le tact de ne se point mêler de littérature ; elle citait bien — la plupart du temps en pure perte — des « noms connus » parmi ses familiers, mais ses préoccupations allaient à son ménage, sa principale coquetterie était de paraître femme comme il faut. Son langage où se remarquait, quoi qu'elle fît, le défaut d'une éducation première, était appliqué comme une dictée, et l'on y sentait les corrections qu'elle s'infligeait elle-même impitoyablement. Elle avait peut-être eu de la grâce naturelle, mais elle l'avait perdue par le souci de la correction.
Élise ne pouvait guère éluder la proposition de rendez-vous, puisqu'elle-même avait exprimé le regret de n'avoir pas vu les enfants. Et voici sous quelle forme le rendez-vous fut offert, deux jours après : « Monsieur et madame Hubert des Bruyères », portait la carte d'invitation, « seront chez eux le…, etc. »
— Mais! dit Élise, en consultant Clara sur ce qu'elle devait faire, ils sont donc mariés?
— Oh! c'est tout comme… dit Clara. S'ils ne le sont pas, c'est uniquement parce que Violette est la femme d'un homme à qui ses croyances religieuses interdisent le divorce…
— Ah! elle est mariée! fit Élise.
— Lui aussi.
— Enfin, ils sont mariés, chacun de son côté.
— Elle n'était pas heureuse dans son premier ménage, dit Clara, et puis elle a eu un coup de foudre pour des Bruyères ; il faut ajouter qu'elle n'avait pas d'enfants…
— Mais, chez elle, ou chez eux, qui voit-on?
— Je n'y vais pas souvent, vous savez? C'est un honneur qu'elle vous fait et dont je suis gratifiée du même coup : elle vous trouve, elle aussi, une femme pas comme les autres. Elle tient à vous. Oh! elle ne vous laissera pas échapper.