— Vous savez bien que je tiens à ne voir personne : voyons, ma chère petite, pourquoi m'avez-vous obligée — par surprise! — à connaître cette Violette?
— Oh! je vous en demande pardon! Mais… on ne comprend pas… on ne… vous comprend pas!… Comment pouvez-vous demeurer dans la solitude?… Il n'y a personne qui ne croira vous être agréable en vous mettant en rapport avec du monde… Venez chez Violette! Ne me jouez pas le mauvais tour de ne pas m'y accompagner : je n'irais pas sans vous, et ce serait la brouille.
— Je ne peux pas y aller, dit Élise ; je n'ai pas de quoi m'habiller.
— Des Bruyères reçoit en veston. S'habille qui veut. Ce sont des artistes. Les meilleurs, paraît-il, ne sont pas les plus cossus. Vous entendrez de bonne musique… Oh! j'aurais une grande déconvenue si vous n'y alliez pas!…
Élise, tout en parlant, en s'informant, ne se laissait pas toucher à fond par le sujet traité. Entre ses interrogations et ses gestes instinctifs de défense, elle ne songeait qu'à ceci : qu'en rentrant chez elle, tout à l'heure, elle trouverait peut-être une lettre ou une dépêche de Jean-Marie ; que si Jean-Marie lui annonçait son retour, elle enverrait certainement au diable les des Bruyères! Non, elle ne sacrifierait à qui que ce soit une soirée avec son amant.
Et elle quitta sa nouvelle amie sans avoir accordé d'importance réelle à l'invitation.
Mais elle ne trouva ni dépêche ni lettre à la maison. Et si elle eut un petit mot de Jean-Marie, le lendemain, ce mot n'annonçait pas encore le retour du fugitif. Élise demeura dans le vide. Elle ne pensait plus à rien. Elle ne sortait pas, ne parlait à personne ; elle somnolait le jour et ne dormait pas la nuit.
C'est en cet état qu'elle fut relancée par Clara. Clara voulait qu'elle vînt chez les des Bruyères. Élise était alors incapable de résister à quoi que ce fût ; on l'eût menée où l'on eût voulu. Elle dit à Clara :
« J'irai. »