Lorsque Jean-Marie revint, après une absence d'environ trois semaines, il trouva Élise dans un état singulier. Elle venait d'assister, la veille, à une soirée où elle avait rencontré une quarantaine de personnes!

Nouvelle venue, ignorée de tous, pauvrement habillée, rendue quasi revêche par l'appréhension avant son entrée, puis par la soudaine découverte du piège, dès qu'elle eut pénétré chez Hubert des Bruyères, elle avait plu à tout ce monde, elle avait remporté, non seulement sans le vouloir, mais en ne voulant que s'effacer et disparaître, un véritable succès. On l'avait d'abord trouvée jolie. Pourquoi? Parce que, disait-on, elle avait une figure, un regard, une teinte de cheveux et une taille longue et mince, qui convenaient à l'esthétique du moment dans les groupes dits « d'avant-garde », chez les gens de lettres et les artistes.

Cette femme qui venait tout droit d'un passé périmé et qui avait paru un peu « province » dans le milieu bourgeois de M. Destroyer, son mari, se trouvait répondre exactement au goût de ceux qui ne croient qu'aux innovations radicales.

Elle était sortie de là, incertaine, affolée, flattée néanmoins, comme toute femme en un cas pareil, mais furieuse aussi. Elle avait failli dire des paroles désobligeantes à Clara, qui affirmait et jurait sur sa tête n'avoir pas su où elle conduisait Élise, et qui se refusait totalement à comprendre qu'un triomphe pût causer du chagrin. Élise avait pleuré, à côté de Clara, dans la voiture qui les ramenait aux quais. Et elle avait pleuré une partie de la nuit.

Pourquoi en effet pleurait-elle? Pourquoi semblait-elle si endolorie de ce qui eût été cause d'enivrement joyeux pour toute autre?

Elle n'analysait point son cas. Elle était désolée, et elle pleurait. Il est des circonstances où notre nature physique s'avise de faire, toute seule et sans nous avertir, ce dont nous ne comprenons l'à-propos qu'après de longues méditations.

Et Jean-Marie la trouva en larmes. Elle lui conta ce qui lui était arrivé.

— Je n'aime qu'être seule avec toi, lui dit-elle.

— Mais quand je ne serai pas là, il est bon que tu aies quelques figures pour te distraire.

— « Quand je ne serai pas là… » Tu vas donc t'en aller encore?