— Est-ce que je sais? faisait la malheureuse Élise. Maman, elle, l'aimait tant!…
En effet madame de La Hotte ne concevait pas encore, malgré tout, que sa fille n'eût pas été éprise, éperdument, d'un si bel homme.
— Quant à elle, elle lui eût tout pardonné, disait-elle.
— Ton père m'a trompée, disait madame de La Hotte en un besoin de confidence : je lui ai pardonné… Je le voyais, par cette fenêtre : il allait me tromper ; je le revoyais par cette fenêtre : il venait de me tromper! Je le regardais marcher : il était tellement bel homme!… Tout ça est fini, bien fini, ajoutait-elle… Mais si j'étais partie quand il a été infidèle, vous ne seriez pas là!…
— Mais, ma pauvre maman, disait la fille aînée, Élise n'aime pas son mari! Avant de l'épouser, souviens-toi, elle le trouvait ridicule.
— Et elle trouvait Piédoie charmant! Ah! Élise a de singuliers goûts!
Somme toute, les premiers moments d'indignation passés, la commisération épuisée, et dans une famille où il ne fallait pas songer au divorce, on commençait secrètement à ne soutenir que mollement Élise. « Monsieur Destroyer, disait son père, avait une très belle situation… »
La situation de M. Destroyer était si absorbante qu'elle ne lui permettait pas de s'éloigner du centre de ses affaires. Il n'était pas à Paris, affirmait Élise. Il était dans la Loire, à ses usines. Il ne vint à Granville que quarante-huit heures, au fort de la saison, et pour sauver la face des choses. Les jeunes filles le jugeaient beaucoup moins bien, depuis qu'il était marié. Mais madame de La Hotte, en le contemplant, d'une figure attendrie, pensait : « Il est impossible qu'Élise ne se réconcilie pas avec cet homme-là! »
Et toute la famille, à qui mieux mieux, de s'employer à cette réconciliation. On le faisait d'une façon hâtive et maladroite. Élise subissait chaque assaut d'un œil distrait et sans seulement répondre.
Elle montra un visage plus chagrin que de coutume, après le départ de son mari. Les optimistes en augurèrent bien. Ils concluaient qu'elle n'était pas détachée de lui. Ne regrettait-elle pas de n'avoir pas signé une paix définitive?