— Il m'aime et je l'aime, Jeannette! Nous ne pouvons pas nous épouser ; je t'ai dit que le divorce m'est interdit.
Jeannette n'eut pas une seconde d'hésitation :
— J'aiderai Madame pour son déménagement, dit-elle ; mais Madame voudra bien chercher une autre personne pour son service.
— C'est bon, Jeannette, c'est tout ce que je désirais savoir.
Élise s'employa avec un calme presque tragique à la confection de ses paquets, petits et grands. On eût juré qu'elle procédait aux préparatifs d'un voyage désiré. Ce qui lui rappelait son enfant, seul, projetait une ombre sur son visage ; mais elle empaquetait l'objet ; ce souvenir cher la suivait. Et de distraire cent menus objets de ceux qui lui semblaient un prolongement de l'homme à la raie la rassérénait, la libérait. Devant un crucifix en vieil ivoire, qui lui venait de sa famille et qu'elle avait placé à la tête du lit conjugal, elle s'arrêta et hésita ; elle subit une gêne imprévue à ce point qu'elle tomba assise sur un siège bas, au pied du lit. Le crucifix était à elle, après tout : pourquoi ne l'enlèverait-elle pas? Mais la pensée se présenta : « Où le mettrai-je là-bas? » En une place identique? Non. Ailleurs?… Elle réfléchit à des conséquences sur lesquelles elle n'avait pas délibéré ; puis elle chassa ses réflexions, se releva, laissa le crucifix à la place où il était, et continua son paquetage. Jeannette l'aidait, comme elle l'avait dit ; mais Jeannette était transformée, bougonne et triste, essuyant par moments une ride humide. Élise lui dit :
— Jeannette, tu ne t'accoutumeras pas à vivre sans moi. Viens avec moi.
— Mon plan est fait, dit Jeannette ; je m'en vais à Ecquevilly, chez mon fils…
— Qui est alcoolique et si mauvais coucheur! qui te battra comme sa femme!…
— Je me dirai que c'est là ma place…
— Pourquoi ne retournerais-tu pas à Granville, chez maman? Elle te garderait volontiers.