— C'est vrai.
— Maintenant, il y a manière et manière d'être trompée. Moi, je l'ai été royalement!
— Moi aussi, disait Élise.
La similitude des cas unit. Clara, quoique plus éveillée qu'Élise, était d'âme assez rudimentaire ; elle s'était, en sept ou huit années, laissé imprégner par ce que son mari d'abord, puis son amant avaient de vulgaire. Que ceci eût été insupportable à Élise s'il n'y avait eu, entre Clara et elle, la similitude des cas!
Non qu'elle fît part, elle-même, de son cas. Elle se tenait sur la réserve ; elle laissait parler Clara, qui ne demandait pas autre chose ; et elle éprouvait une secrète délectation à écouter une histoire qui, avec des variantes, ressemblait à la sienne.
Aussi le premier mot qu'elle adressa à Jean-Marie, en le retrouvant le lendemain, rue Guénégaud, ne fut pas : « Pourquoi ne sont-ils pas venus? » ni : « Quel ennui que cette bière!… etc. » mais bien :
« Cette Clara est tout à fait bonne fille. »
C'était précisément ce que Jean-Marie attendait le moins d'une femme telle qu'Élise. Et il lui sembla que toutes les autres difficultés devaient s'aplanir si le contact d'Élise et de Clara, qui était ce qu'il avait le plus redouté, devenait non seulement facile mais agréable.
Les sujets de conversation n'étaient pas nombreux entre les deux amants, elle ne voyant personne, lui ne disant que fort peu de chose de ses affaires, et guère plus de ses amis qu'Élise ne connaissait pas. Tout à coup des thèmes à bavardage abondèrent. Et qu'ils pussent devenir l'occasion de soucis ignorés la veille, qu'importait? Une petite société, munie de ses travers et de tous ses inconvénients naturels, se mêlait à eux. Ah! il y eut de quoi parler!
Le lendemain de la réunion chez Élise, « la bande » allait à la taverne, avenue de l'Opéra. Clara, avant de se séparer d'Élise, lui avait demandé :