Sans date (1905?).

Je supplie Dieu de me faire mourir d’un seul coup, afin qu’aux approches de la fin je ne sois pas torturé par des désirs tels que j’en ai eu toute ma vie et qui ne m’ont pas rendu fou, uniquement parce que j’avais l’espoir de les réaliser un jour.

J’ai un de ces désirs, ce soir d’été, dans Paris: c’est de me trouver dans une maison de campagne où l’on possède une belle vue sur des massifs d’églantiers en fleurs, d’abord, et puis sur des pelouses bien larges, bien longues, où une allée serpente et coupe un ruisseau, et que tachent en deux ou trois endroits de gros bouquets de peupliers, de saules et d’érables. Qu’au delà, un petit coteau aille se perdre le plus loin possible... Mais ce que je désirerais surtout dans ce décor, c’est que les voix que l’on entend, dans le soir tombant, au pied de la maison, à l’intérieur, ou bien de l’autre côté d’un mur, me fassent elles aussi l’effet d’être perdues dans l’immense espace du ciel calme et dans la solitude des champs. Le charme vraiment exquis, c’est le départ tranquille ou bien la fuite éperdue des choses vers un lointain indéterminé.

1905.

La religion, c’est, sous une forme grossière, l’affirmation de l’esprit. Quand je pense, tous les jours, qu’il y a un monde spirituel, une vie intérieure, au prix desquels la vie physique et tous ses avantages et progrès matériels ne sont rien, je me range du côté des esprits religieux.

1905.

Il y a quelque chose d’indécent à parler politique de nos jours: on se rue sur ce sujet avec tant de frénésie qu’on dirait qu’on satisfait ses instincts les plus bas.

Il ne faut pas laisser causer politique, à dîner, ou dans un salon, quand les femmes s’en mêlent. On comprend, à les voir, le rôle qu’elles jouent dans les Révolutions.

1905.

J’ai dit, l’autre soir, chez Victor Margueritte, qu’un de mes sujets d’aversion pour nos démocrates actuels est qu’ils ont entrepris d’anéantir le rôle de l’Honneur dans nos mœurs, dans notre moralité, dans notre intelligence. Il ne dit pas non; il dit: «Je vous assure qu’il y a grand mouvement dans les esprits, non seulement en France...