Faguet croit que le Français naît avec un instinct de guerre civile; tout jeune Français est élevé dans l’idée qu’il doit détester une catégorie d’individus. «Il est de corps actif et d’esprit paresseux.»—«Il sent le besoin d’agir et il n’aime pas à se donner beaucoup de peine pour trouver un motif d’agir.»
Les philosophes du XVIIIᵉ siècle ont cru que les religions étaient la cause des guerres dites de religion; mais, les religions abattues, on s’est battu pour d’autres idées. «Le Français est irréligieux ou peu religieux, d’abord en raison d’une de ses qualités, et c’est à savoir parce qu’il a l’esprit clair et le goût de la clarté.»
Faguet rappelle le mot de Hegel: «Il faut comprendre l’inintelligible. Eh, oui, il faut le comprendre comme inintelligible.» Les Français ont fait un principe de ceci: que ce qui est vrai, c’est ce qui est clair. C’est l’enseignement cartésien; mais il n’est pas rigoureusement exact. «C’est vraiment un devoir pour l’homme cultivé, dit Faguet, de chercher le point où précisément l’évidence cesse, et le point où la probabilité cesse et où l’hypothèse commence à être non pas rationnelle, mais tout imaginative.» «Le Français fait du bon sens un cas énorme; le bon sens est précisément cette demi-clarté dont se contente le Français en l’appelant évidence.»—«Le trop grand goût de clarté, c’est ce qu’on a appelé le «simplisme». Ce qui n’est pas simple n’est pas vrai: axiome français. Or, rien n’est simple excepté le superficiel. Les Français ont une tendance à repousser les métaphysiques et les religions, qui n’est qu’une forme de leur horreur de creuser les questions.»
Un autre caractère du Français, qui s’oppose à ce qu’il soit religieux, c’est sa vanité. Tout Français est vain. La vanité est individuelle; l’orgueil est collectif. L’orgueil peut s’accommoder de la religion, car on s’enorgueillit d’appartenir à une glorieuse collectivité, la vanité répugne à être enrégimentée.
Le Français est, de plus, anti-traditionaliste. La tradition, c’est les vieilleries. Il méprise les vieilleries; il ne peut pas être respectueux.
Sans date.
Il y a des noms qui me ravissent. Parmi ceux de l’ancienne noblesse française, combien ont une euphonie délicieuse! Je vois une femme un peu grasse, avec des bras jolis, des fossettes, une gorge admirable et quelles hanches, quand je lis, sans aucun détail qui m’éclaire sur ce qu’elle a pu être: «la comtesse de Polastron».
Sans date.
Taine me fait sentir admirablement que le défaut si sensible pour nous dans Racine, son humanité transformée ou déformée, si différente par exemple de celle d’Euripide, c’est une humanité sujette du Roi, monarchisée au suprême degré.
Le sentiment des convenances aristocratiques y remplace partout le sentiment personnel et humain. Il subsiste dans le monde aristocratique d’aujourd’hui quelque chose de ces conventions si bien implantées, qu’elles forment une seconde nature qui étouffe la nature humaine et rend par exemple faciles l’accomplissement de grands sacrifices, tel celui de la vie (Iphigénie de Racine si prompte au sacrifice,—celle d’Euripide si tendrement murmurante—sentiments du devoir dans certaine haute société, etc.).