Sans date.

On ne s’aperçoit pas que la liberté des mœurs que l’on s’efforce d’atteindre, et, dit-on, en faveur de la femme, aura infailliblement pour conséquence de placer la femme dans la condition d’un animal domestique, dont on use, qu’on échange sans autre considération que l’avantage qu’on en retire. Le prestige, la royauté de la femme, c’est le christianisme qui les a faits, ils disparaîtront avec lui.

Sans date.

Quelle est donc la vertu singulière de l’angoisse chrétienne, pour qu’elle communique à tous les grands esprits qui en sont touchés je ne sais quelle beauté et quelle magnanimité d’âme, ou quelle passion enfin, que n’ont pas tout de même un Socrate, un Montaigne, un Gœthe?

13 juillet 1905.

Seul, au bord de la mer, dix heures du matin, par un temps doux, voilé. Adossé à une falaise de sable. Toujours insatisfait, toujours triste, toujours inquiet, me voilà revenu encore ici. Dans un moment de paix et de silence de tous les bruits chaotiques de la vie, le grand murmure de la mer semble me dire que jamais, le silence complet, je ne le goûterai. Il y a un bruit clair et déchirant, proche de moi, à deux cents mètres: c’est l’image de toutes les choses qui m’ennuient, m’incommodent, m’agacent dans la vie quotidienne. Et de beaucoup plus loin vient un sourd et large grondement, pareil à des orages ou bien au grave ronflement d’une conque marine: cela semble monotone; et en l’écoutant bien, cela est une mélopée sombre et pathétique, une plainte d’abord sur une même note, puis qui s’enfle, et puis qui s’exaspère comme la sirène, mais sans s’éloigner sensiblement de la note initiale. Ceci, c’est moi, c’est mon âme qui sans les mille tracasseries de la vie serait en proie à une constante et plus cruelle douleur...

Juillet 1905.

L’ignorance des littératures anciennes sera d’un certain secours pour les penseurs de nos générations nouvelles: ils croiront à tout propos découvrir le monde; personne ne sera là pour leur faire remarquer que le monde est depuis beau temps découvert; et l’orgueil de l’invention les soutiendra et les ravira.

Même date.

Il y a quelque chose d’irritant pour un vaniteux, mais de consolant pour un homme doué du véritable orgueil, à trouver sans cesse, en lisant les auteurs anciens, ce qu’il avait cru découvrir lui-même. C’est une déception pour le premier; pour le second c’est une confirmation précieuse de la justesse de sa pensée.