Été 1905.
«L’Égoïste.» N’espérez pas l’atteindre par un acte de générosité. Vous avez cru lui faire honte, mais il est incapable de comprendre que vous puissiez agir par un motif autre que celui qui le fait agir lui-même. Et ce que vous avez fait, il croit que c’est parce que tel a été votre bon plaisir.
Nom aperçu hier en passant en auto en Normandie: Lebigre.
Acheter l’édition des Pensées de Pascal, de Brunschvieg (Hachette 1897, un vol. in-18). Il y a une grande édition du même en trois volumes. (Collection des grands Écrivains).
Été 1905.
Il faut trouver le moyen de cesser, en littérature, de peindre la faiblesse ou la bassesse de l’homme, ou, du moins, de la peindre sans faire sentir que l’homme peut être et est parfois aussi grand qu’il est faible.
L’ironie, comme moyen littéraire, est un moyen moral, car elle laisse entrevoir que l’auteur se moque des faiblesses que comporte la comédie humaine,—tandis que le système de l’impersonnalité à outrance n’indique rien et ne laisse pas entendre au lecteur que l’Homme, sujet de la comédie, est aussi capable de prendre sa revanche.
30 août, 5 h. du soir, au dolmen.
Je sens si bien que rien au monde ne me donnera jamais une plus profonde émotion, un plus vrai ravissement, que la vue de cette campagne de Courance vue du dolmen, par ces après-midi chaudes de Touraine.
Le dimanche à la campagne est complètement désert, il n’y a pas un bruit, pas un mouvement. J’entends un petit grésillement dans le buisson derrière moi, un coq qui chante très loin. Tout est suspendu dans une paix radieuse, qui n’a jamais été troublée. Je pense que les guerres, les révolutions ont pu passer sans qu’en cet endroit rien ait été violemment agité. Des hommes sont partis et ne sont pas revenus, mais jamais le canon n’a retenti sur ce domaine. Il n’y a pas ici d’arbres tordus par les vents, aucun signe des ravages de la nature. Les peupliers expriment la paix qui monte vers le ciel, en ligne droite, comme une fumée dans l’air immobile.