—Allons faire un tour à la brune.

—Vas-y avec les fillettes: ce n'est pas prudent d'abandonner la maison.

—Je tiens, dit le père, que chacun ici mesure exactement le temps qu'il faut aux petites pour se rendre à l'école.

Plus morte que vive, assurée d'avoir affaire à un homme perdu quant à l'esprit, la bûcheronne, après avoir soigneusement essuyé la bouche des bessonnes, ferma son huis avec l'attention qu'elle apportait à toute chose. Et, résignée aux pires extrémités, elle suivit son maître avec ses enfants.

La nuit, même en forêt, n'était pas complètement répandue. Deux minutes étaient à peine écoulées, que la mère Gilles tomba sur son derrière sans pousser un seul cri. Et elle s'obstinait à ne pas regarder dans une certaine direction, et elle voulait à toute force revenir vers sa chaumière.

Mais les bessonnes, comme leur maman, avaient aperçu les deux pavillons, et, elles, au contraire, émerveillées, voulaient aller vers ces jolies demeures. Elles tiraient leur mère par les bras.

On arriva rapidement au pied des pavillons. La mère était muette, les fillettes enthousiasmées comme de toute nouveauté. Le père toucha du doigt le flanc des murailles et voulut que sa femme fît comme lui. A ce moment on entendit un chien aboyer derrière les grilles, et un autre chien répondit du pavillon voisin. On distinguait, entre les volets rabattus, sur la cour, à plusieurs fenêtres, une raie lumineuse.

Entre les barreaux de la grille, une grosse balle d'étoupe, à la fois pesante et molle, se détacha et tomba aux pieds de la famille:

—Mais, c'est Minou! Regarde, maman, c'est Minou!…

C'était le chat de la maison, qui ondulait de la tête au bout de la queue, et offrait son échine aux caresses.