Le père Gilles allait en oublier sa lettre. Il eût aussi bien fait, car s'il se trouvait là un quidam qui se déclarait capable de lire son Pater, du moins ne le pouvait-il faire à la nuit noire.
Et Gilles pesta jusqu'au petit jour, n'étant pas endormi cette fois par des propos diserts et philosophiques.
Mais, au matin, il ne se sentit aucune confiance en celui de ses compagnons qui prétendait savoir lire son Pater, et il entra dans la ville, afin de s'y informer, en premier lieu, du moine prisonnier. Ayant su que le savant homme était enfermé au Châtelet, il s'y rendit et il parvint à être admis dans une cour infecte sur laquelle donnait une étroite fenêtre grillée.
Gilles se mit en quête d'une grosse pierre, afin de se hisser jusqu'à la grille, de se faire reconnaître du prisonnier et, d'autre part, d'être bien sûr que c'était à lui et à nul autre qu'il avait affaire.
Ainsi juché, il cria:
—Ohé! est-ce bien vous, Frère Ildebert?
Et il vit en effet s'approcher des barreaux la bonne tête aux yeux vifs de Frère Ildebert. Alors, comme signe de reconnaissance, il lui tendit la lettre dont il désirait connaître le contenu, avant même de demander des nouvelles de l'infortuné. Mais celui-ci qui, de son côté, était plus pressé de parler de lui-même que de tout autre sujet, lui disait:
—Eh bien! oui, me voilà à couvert!… Ils ont bien fait, ajoutait-il, car j'étais repris par mon péché.
L'autre avait oublié le péché qui avait valu au religieux d'être expulsé de son couvent.
—Mon péché? Mais: mon goût immodéré pour la damnée chose matérielle. Ne me mettais-je pas tout de bon à faire des miracles!