Votre fille obéissante et dévouée.
GILLETTE.»
—Elles ne s'embêtent pas, vos filles, dit le moine. Mais où sont-elles?
—Oh! pour Gillette, elle est dans un beau pays où l'on voit de belles choses et le nom lui importe peu.
—Voyons l'autre, dit Frère Ildebert.
«Mes chers parents,
Tout d'abord, j'ai idée que vous ne devez pas être contents de nous, peut-être, car notre départ a été brusque et c'est une singulière manière d'agir, pour des filles, que de s'en aller ainsi en un si long voyage, sans avoir l'assentiment ni de son père ni de sa mère. Mais il paraît qu'il n'y avait pas à tergiverser, que, d'abord, quand on fait son éducation, il la faut faire complète, qu'une bonne éducation comporte de longs voyages, qu'enfin, pour ces voyages, le vent était tel qu'il fallait, et il ne l'aurait sans doute plus jamais été…
Si je m'expliquais plus clairement, je vous livrerais le secret de la manière dont nous voyageons, et ce n'est pas possible. Sachez seulement que si je vous ai parlé du vent, ce n'est pas à l'étourdie, et que nous voyageons sans toucher terre et cependant non par eau.
Oh! ça n'est pas sans inconvénients. Quelques-uns nous prennent pour des oiseaux et nous envient, mais quelques-uns aussi nous tirent dessus avec leurs mousquets et il faut recourir à des manœuvres pour échapper au danger.
D'autres fois, la grande difficulté est de savoir où se poser. Car tous les endroits ne sont pas bons, et fort peu offrent la sécurité.