La marraine de Jacquette considérait les ravages que la statuette eût pu produire sur l'âme de sa filleule, puisque l'effet en était si grand sur une personne déjà mûre et de vertu éprouvée. Elle en fut fortifiée dans son dessein et conçut par là même le moyen de le réaliser.

Elle toucha l'épaule de la gouvernante et lui dit qu'il fallait passer cette eau et faire à elles deux l'ouvrage.

«—Veuillez retirer vos habits, dit-elle; pendant ce temps je me détournerai et prierai Dieu qu'il bénisse notre entreprise.»

Nous imiterons la discrétion de la vieille dame, bien que plusieurs puissent regretter à bon droit de ne pas faire plus ample connaissance avec Mlle de Quinsonas. Je n'ajouterai pas un mot parce que le tableau que je découvrirais en ce moment ferait un hors-d'œuvre au cours de mon récit.

Quand Mlle de Quinsonas eut atteint le socle, elle en gravit les degrés sous-marins, puis sortit de l'eau en se cramponnant à l'Amour. Elle attrapa adroitement le marteau, quoique bien émue, à plusieurs titres, car elle avait aussi grand peur de perdre sa place si jamais Ninon apprenait ce qu'elle s'apprêtait à faire. Elle poussa un gros soupir et chercha la position la plus favorable. Mais voilà que, lorsqu'elle l'eut trouvée, elle n'osait pas porter sa main sur l'objet. Mme de Matefelon l'excitait du rivage et tendait à bout de bras le filet.

«—Courage, Mademoiselle Dieu vous voit!» lui cria-t-elle.

Parole malheureuse! car Mlle de Quinsonas, qui était pieuse et pudique, fut gênée; sa figure, comme celle des petites filles, prenait une expression chagrine; peu s'en fallut qu'elle ne se mouillât de larmes.

Enfin, saisissant à pincée le relief, elle l'abattit d'un coup sec, comme fait un maître d'hôtel d'une pièce montée de nougat. Un second coup suffit à l'achèvement de l'œuvre. Les tristes débris creusèrent la gaze du filet en un longue pointe que retira vivement Mme de Matefelon.

Mais l'Amour, tout meurtri qu'il était, en regardant la blanche petite plaie de son ventre, souriait, soit du néant d'un endroit naguère si riche de fruits, soit du néant de l'ouvrage de ces femmes.

XIII