On ne comprenait point tout d'abord. Elle dit l'expédition du labyrinthe, étala le zèle de la gouvernante. Celle-ci se mit à pleurer. L'aventure stupéfia à tel point Ninon, déjà fort énervée, qu'elle fit comme la gouvernante. Pour ne point s'expliquer davantage, on se sépara.
Mme de Matefelon et Mlle de Quinsonas demeurèrent seules vis-à-vis du vestige de marbre qui jouait le rôle d'un presse-papier sur la feuille de soie. La gouvernante, entre deux sanglots, le regardait encore; elle le toucha du doigt.
«—Il me sauve», dit-elle.
«—Il a tant perdu de vos pareilles!» dit Mme de Matefelon.
Ainsi se terminent bien des scènes, dans le cours de la vie, c'est-à-dire par de véritables coq-à-l'âne. Remarquez qu'on n'a rien éclairci, rien résolu. La marquise est offensée des connaissances prématurées de sa fille. Elle en demande raison à la personne qu'elle paie pour que l'enfant reçoive une éducation parfaite. Elle est saisie d'une violente colère, très probablement,—soit dit entre nous,—parce que c'était le jour où elle eût dû prendre sa rhubarbe, vous vous en souvenez. L'aigreur de son sang l'égare; il lui faut un coupable. On lui montre qu'elle-même eut peut-être le plus grand tort dans l'affaire. Puis on la suffoque par le récit de l'expédition la plus romanesque et l'exhibition des pièces les plus inattendues. On pleure, on a oublié le point de départ de l'aventure, et chacun vaque à ses affaires.
XIV
NINON, PENDANT QU'ELLE S'ACHEMINE VERS LE LABYRINTHE AVEC LE PETIT PAQUET CONTENANT LES VESTIGES DE LA STATUETTE MUTILÉE, EST POSSÉDÉE DU DÉSIR DE RECEVOIR LE BAISER D'UN BEAU JEUNE HOMME. ELLE RENCONTRE LE CHEVALIER DIEUTEGARD ET ELLE A AVEC LUI UN ENTRETIEN MOUVEMENTÉ QUI NE S'ACHÈVE, MALHEUREUSEMENT, AU GRÉ DE L'UN NI DE L'AUTRE.
Au bout d'un quart d'heure à peine, l'esprit de Ninon avait tourné, comme les girouettes des tourelles, et ne tenait plus compte que des avaries infligées au gracieux Cupidon de François Gillet par le zèle stupide des deux femmes. Et elle s'étonna de ne pas s'être irritée davantage en apprenant cette mutilation.
Elle rentra en coup de vent, saisit l'attribut de l'Amour pubère entre les mains de Mlle de Quinsonas, où il était encore, et sortit sans mot dire, au grand désappointement de la gouvernante, qui croyait que la marquise venait lui demander pardon de ses vivacités.
«—Les raccommodements ne vont pas si vite, dit Mme de Matefelon, car on ne s'entend jamais: c'est le temps qui est le remède.»