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Grenouilleau arriva à la villa Bullion le samedi saint au matin, ayant passé vingt-deux heures dans son compartiment de seconde classe, non compris le trajet de Corbeil à Paris. M. Bullion se fit conduire à la gare, au-devant du jeune homme, en automobile. Par hasard, Grenouilleau connaissait le mécanicien, Pfister, et il dit au «patron» qui le poussait à l'intérieur de la limousine:

—Si ça ne vous fait rien, m'sieu Bullion, j'vas monter à côté de Pfister… C'est un bon coup, ça, par exemple, de tomber en plein pays de connaissance!…

—Ah!… bon!… très bien, mon garçon. Si je t'ai fait venir, c'est pour que tu sois à ton aise…

—Vous tourmentez pas, m'sieu Bullion!

Et Grenouilleau d'entamer la conversation avec Pfister, qui répond par monosyllabes, sans broncher la tête, attentif à sa direction. M. Bullion, condescendant, n'ose interrompre l'exubérance du voyageur, muet sans doute depuis Corbeil. Cependant, de l'intérieur, il lui frappe sur l'épaule:

—Pas fatigué, Grenouilleau?… trajet un peu longuet?…

Grenouilleau fait signe qu'il n'est pas fatigué; et il dit au mécanicien:

—Oh! ce que j'ai dormi, mon colon!… Jamais de ma vie je n'ai tant roupillé.

A la villa, tandis que Grenouilleau est conduit à sa chambre, madame Bullion demande à son mari: