—Mais non, il n'est pas rentré; j'ai même peur que maman ne s'inquiète…
Et oup! voilà la jeune femme qui part rejoindre sa mère. Je me trouve nez à nez avec Grésidieux, qui devait être dans un pli de la robe: «Ça va, les affaires?…» Il croit que je fais allusion à son flirt, mal dissimulé, avec la fille de la maison, et il me regarde d'un petit air chagrin. Je me reprends: «Non, je veux dire les affaires sérieuses.» C'est un pauvre garçon sans position, qui accable Augustin de demandes d'emploi. «Ça va très bien, dit-il. Monsieur Augustin doit précisément me rapporter une réponse définitive ce soir.»
—Saprelotte! dit l'oncle Anatole, si Augustin ne revient pas dîner avant de vous avoir trouvé une situation!…
On rit; le pauvre Grésidieux se ratatine. Anatole profite de son succès pour raconter un effrayant fait divers lu le matin: un monsieur élégant, habitant le centre de Paris, traverse la chaussée pour aller dîner en joyeuse compagnie sur le boulevard: habit, boutonnière fleurie, etc. Il est coupé en deux morceaux par une voiture de livraison automobile, en deux morceaux bien nets: ses amis les voient et les reconnaissent de la fenêtre du restaurant.
—Oh! oh! c'est horrible; taisez-vous!
—Ah! écoutez, mieux vaut encore qu'ils les aient vus: supposez qu'ils eussent attendu le malheureux à dîner jusqu'à dix heures!…
Madame Augustin et sa fille rentrent au salon; il faut à tout prix changer de conversation. Le ménage Bobet s'écrie tout d'une voix:
—Il n'est pas tard, madame Augustin, il n'est pas tard!
Madame Augustin a sur les lèvres un sourire un peu forcé.
—Je vous demande vraiment bien pardon, dit-elle, de vous faire attendre si longtemps. Je commence à me demander ce que peut faire mon mari…