Je fis l’étonné. La concierge riait de tout son cœur; quand elle put articuler à nouveau, elle dit:
—Cé dé fanntésies!
Je pressai, à l’entresol, un petit masque japonais qui mettait en branle une sonnerie électrique. Un pas d’homme se fit entendre. Mon cœur palpitait un peu, je l’avoue, à l’idée de retrouver tout à coup mon camarade Prosper, que je n’avais pas vu depuis quelque vingt ans. A la vérité j’avais aussi une crainte, que venaient de m’inspirer la maison d’aspect confortable, le tapis, le bouton électrique, l’entresol au lieu de la mansarde: la crainte de rencontrer, en la personne de Prosper, un intrigant ayant tenté de me refaire, circonstance désobligeante.
Je vis un homme que je reconnus aussitôt, non qu’il me rappelât le jeune Prosper, mais bien le juge de paix Quinqueton. Il était grand comme son papa et d’aspect doux et débonnaire; il avait deux ou trois fils blancs dans la moustache, la figure longue, mais agréable; il était décoré des palmes académiques.
Je dus me nommer, car il ne me reconnaissait pas. Alors il s’écria, me prit les mains, fut réellement ému, presque aux larmes. Il m’appelait: «Mon pauvre Francis!... ah! mon pauvre vieux!... ah! sacré bougre!» Il me scrutait le poil et l’habit. «Ah! mon pauvre ami!... Mais c’est que tu n’as pas changé, non!»
—Cependant tu ne me reconnaissais pas.
—Depuis le temps!
—Comment va ton père?
—Papa? Très bien. Ah! dame! il se décrépit un peu, on n’est plus de la classe!...
—Et toi?