—Savez-vous comment il a eu son attaque, monsieur Francis? Je vas vous le dire: ça n’est pas de ce que ses affaires étaient perdues, non! C’est de ce que j’ai découvert le pot aux roses.

—Cependant, il me semble qu’il est de toute nécessité que Prosper, qui peut compter sur l’héritage de son père... qui peut l’escompter, même...

—Ne parlez pas de ça, monsieur! Oh! je vois déjà que j’ai eu la langue trop longue. Alors, je vas donc être obligée de vous en dire encore plus pour vous empêcher de parler...

—Soyez convaincue, madame Pacaud, que c’est dans l’intérêt de Prosper, uniquement, que je me place, intérêt que je crois connaître mieux que personne, attendu que...

—Non, monsieur Francis, non, vous ne le connaissez pas mieux que personne. Il y a quelque chose que vous ne connaissez pas, je le parie bien: vous n’avez pas entendu parler d’un mariage?... Vous voyez!... Eh bien! oui, là, il y a un mariage que ce pauvre monsieur faisait mijoter depuis des années... Faut-il vous dire avec qui? Eh! mon Dieu! puisque j’ai tant fait que d’être bavarde, avez-vous entendu parler de Mlle Potu? Elle n’est pas ce qu’on appelle une beauté, non; ce n’est pas comme sa sœur qui a épousé un hussard; mais son père a un château du côté de Lavardin, et il dit comme ça qu’il veut un gendre qui ne soit pas de la nouveauté pour lui. Soi-disant que le hussard, qu’on ne connaissait ni d’Ève ni d’Adam, leur aurait causé des surprises... Ce serait donc cette demoiselle Potu, la cadette, qui serait comme qui dirait promise, à cette heure, à M. Prosper.

—Prosper ne m’a pas parlé.

—Il est discret! L’occasion où je m’en suis aperçue, ça été pour sa décoration: il n’en avait pas soufflé mot à âme qui vive, monsieur, non, pas même à son père!... Ça devait pourtant lui faire tic tac, hein? Quand on pense que M. Foureau, le principal du collège, qui pétitionne depuis dix-huit ans pour l’avoir, lui, la décoration, ne la tient pas encore!... Faut-il donc qu’il en ait fait, dans ce Paris, le cher mignon! On dit qu’il est savant. Combien que ça lui rapporte, jusqu’au jour d’aujourd’hui, par exemple, ça n’est pas à moi de vous l’apprendre; mais il faut tenir compte de l’honneur. A présent, pour le reste, une fois marié à Mlle Potu!...

—«Une fois marié à Mlle Potu!» Voyons, voyons! raisonnons un peu, madame Pacaud. En accordant la main de sa fille à Prosper, le père de Mlle Potu a peut-être pu faire fonds sur la fortune présumée de M. Quinqueton, le juge de paix, que tout le monde à Vendôme connaît comme possédant des propriétés dans le Saumurois.

—J’entends bien, mais M. Potu, voyez-vous, ça n’est pas ça qui lui fera ni chaud ni froid: il est riche comme Crésus.

—Cela n’est pas une raison!