—C’est quelqu’un qui lui aura joué encore une de ces bonnes farces, histoire de plaisanter: le vieux est sans défense...

—C’est un bien brave homme, obligeant, ponctuel, pas veinard, et point sot, ma foi: j’ai plaisir à bavarder avec lui...

Le maître compagnon se mit à se tordre, puis, soudain sérieux, il me regarda de biais, se demandant si je me moquais de lui.

Mais, à ce moment, nous vîmes, sous le premier bec de gaz, notre père Loriot arriver, clopin-clopant tricotant des guiboles et tirant au bout d’une ficelle quelque chose comme un paquet. Il était hors d’haleine; il n’avait point son Baladin avec lui: ce qu’il tirait était un sale chien barbet. Il nous aborda avec sa politesse ordinaire, chapeau bas, balbutiant des paroles d’excuses, tout en se précipitant à l’intérieur du bâtiment pour cirer les chaussures du maître compagnon. Celui-ci l’arrêta rudement:

—Inutile, j’ai fait votre ouvrage. Qu’est-ce qu’est donc arrivé avec votre chien?

Mais, sans attendre la réponse, le maître compagnon prenait sa course vers la gare afin d’essayer d’attraper son train.

Et le pauvre bonhomme demeurait là, tirant toujours par la corde l’affreux barbet qui voulait s’enfuir, et tenant son chapeau à la main.

—Mais couvrez-vous donc, sacrebleu! vous allez attraper la mort!

Le froid piquait et le vieux avait tant trotté dans sa journée que la sueur lui ruisselait sur les tempes. Je pénétrai avec lui dans le chantier pour qu’il se mît au moins à l’abri. Aussitôt sous un toit, il ôta encore son chapeau. Il avait envie de parler, mais l’émotion, la fatigue l’étranglaient, et, sans doute aussi, une sorte de prudence excessive, comme son humilité vis-à-vis de tous. Je lui dis:

—On vous a volé votre chien?