Ainsi tourmentée, et en même temps heureuse d’une cruelle formalité accomplie, madame Chef-Boutonne s’en fut trouver madame Dieulafait d’Oudart.

Elle conta l’histoire par le menu, disant:

—Ces gamins, ces vauriens, croyez-vous?... Et une femme du monde, s’il vous plaît! alors qu’il y a tant d’autres relations si faciles et sans conséquences... Ah! les petits brigands!... Ah! l’amour!...

Puis elle narra l’effroi de ce courrier mystérieux, odieux, cynique, quasi obscène, qui heurtait matin et soir sa pudeur maternelle en lui infligeant la double vision de Paul enlacé par les bras de quelque «Didon», d’où l’on ne s’échappe que meurtri,—si l’on s’en échappe!—et de ce témoin étranger, haineux, sadique peut-être!...

Sa complaisance à propager l’aventure était mal retenue, mais son appréhension de quelque catastrophe était sincère. Ces deux sentiments se mêlaient parfois, se chevauchaient l’un l’autre, en sorte qu’à un certain moment madame d’Oudart, agacée par une trop sotte fatuité, se crut autorisée à dire:

—Mais, somme toute, chère amie, le procédé odieux ne vous a appris jusqu’ici qu’une bonne nouvelle...

Et, trois minutes plus tard, touchée par les larmes que son amie répandait, elle se levait, et se décidait à lui fournir des motifs de se tranquilliser.

Elle se levait et allait doucement à un chiffonnier, tournait une clef, ouvrait un tiroir et y prenait trois enveloppes banales, rayées d’une banale écriture:

—Ne vous mettez donc point martel en tête!... Connaissez-vous cette écriture?

Madame Chef-Boutonne frémit.