—Eh bien! continua madame d’Oudart, tout porte à croire que votre «Didon» a été auparavant la nôtre: et mon fils n’en va pas plus mal!
Madame Chef-Boutonne voulait bien être rassurée pour son fils; mais non pas que, dans une si tardive aventure, et si difficilement obtenue,—dont elle avait eu l’imprudence de se flatter un peu vite,—son Paul fît bombance avec quoi?... avec les restes d’Alex!
Nier l’évidence était cependant impossible. Ayant reconnu l’écriture, le style de son correspondant anonyme, et un identique signalement de la femme qui tombait d’Alex en Paul, madame Chef-Boutonne hasarda:
—Mais si ces lettres infâmes n’étaient que calomnies!...
—Pour cela, non! dit madame Dieulafait d’Oudart, en soulignant du doigt tel paragraphe d’une des lettres, la petite note arriérée à l’Hôtel Condé et de Bretagne, dont il est fait mention ici, je l’ai bel et bien payée: l’information était bonne.
Madame Chef-Boutonne s’affaissait.
—Eh! mon Dieu! pourvu que nos jeunes gens n’aillent point se quereller!... Par le fait, ils sont rivaux!
Madame d’Oudart sourit:
—Alex est un papillon, dit-elle, il a fait cette plate-bande; il butine ailleurs...
Et le comble du dépit était, pour madame Chef-Boutonne, que Paul eût choisi comme intrigue, non seulement celle qui pouvait avoir le moins de lustre aux yeux des Dieulafait d’Oudart, mais celle dont on ne saurait absolument pas se prévaloir chez les Saint-Évertèbre: car, enfin, séduire une amie, et quasiment au nez de leur fille, si la prouesse était d’un gaillard et si madame de Saint-Évertèbre, par ses «propos de corps de garde», l’avait, ma foi, méritée, du moins fallait-il convenir que la prouesse était téméraire...