C’était un vendredi; la musique de la Garde républicaine jouait sous les quinconces, au milieu d’un peuple d’été, trop nombreux encore au gré de madame d’Oudart, à qui il interceptait les doux sons de la flûte... Car madame Chef-Boutonne, obligée par la session des assises, de retarder tout départ, retenait son amie à l’extrémité de la terrasse, à l’ombre insuffisante des aubépines et des vases de géraniums grimpants.

—Lisez! dit madame d’Oudart, en tendant le télégramme.

Madame Chef-Boutonne lut; on ne souffla mot. Les trompettes d’Aïda retentissaient sous les feuillages. Une nourrice, ayant troussé son marmot, le saisit à deux mains comme une urne emplie d’eau que l’on soutient par les anses, et le vida au pied de la balustrade: une longue rigole courut sur le bitume incliné et vint mouiller le pied d’une chaise. Il y eut alerte dans plusieurs groupes; chacun se recula d’un saut de puce, souriant d’ailleurs et bénévole, tout étant beau et bien qui vient d’un enfant.

M. Lhommeau dit enfin:

—Les Lepoiroux ne sont pas à plaindre: les voilà, pardieu! plus cossus que nous.

—Je suis très heureuse du succès d’Hilaire, fit madame d’Oudart; c’est le résultat et le couronnement des efforts que nous avons faits depuis vingt ans.

—Du jour où j’ai vu le jeune Lepoiroux, riposta madame Chef-Boutonne, je l’ai dit à qui voulut m’entendre: «Ce garçon-là, pour peu qu’on le guide à propos, fera son chemin...» Ses façons, il est vrai, sa tenue, son langage...

Madame d’Oudart ne permit pas la critique:

—Hilaire a eu des négligences et des oublis, dit-elle, c’est certain; mais il n’est pas un méchant garçon. Il faut tenir compte de son origine. Tout bien pesé, il fait honneur à qui l’a soutenu et dirigé.

—Oh! mon Dieu, reprit madame Chef-Boutonne, ce que j’ai fait pour lui est peu de chose... Qui ne se serait intéressé à un sujet dont l’avenir était écrit sur le visage?...