M. Chef-Boutonne rentra. Il avait dîné à l’air libre, aux Champs-Élysées: sa nature apoplectique avait, par ces chaleurs, l’aversion des clôtures. Il fut surpris de rencontrer là madame Dieulafait d’Oudart et s’informa de la santé d’Alex de qui le nom sembla celui d’un personnage lointain, tant on avait, ce soir, parlé de Paul.

M. Chef-Boutonne était un homme replet, à figure puérile, gonflée par l’oisiveté et les mets fins. Tout, en lui, était bonhomie, rondeur et plénitude. Il était dépourvu de tous dessous psychologiques, et, les idées qu’il avait, comprimées en si compacte matière, s’échappaient sans crier gare. Alex lui était sympathique, et il allait de nouveau s’enquérir de lui. Mais sa femme le coupa. Cependant il continua de penser qu’Alex lui était sympathique, et il demanda à madame d’Oudart pourquoi son fils ne se décidait pas à venir faire du yachting, le dimanche, à Argenteuil avec lui. Il émit son idée, une fois, deux fois, et la ressaisit encore. Madame Chef-Boutonne montrait à son amie des aquarelles signées de Paul. Car Paul faisait aussi de l’aquarelle, «en se jouant».

—Oh! mais, comme c’est parfait!

—Il a un talent assez minutieux.

Paul, réapparu, sous le prétexte de porter la lampe, hasarda quelques propos touchant la peinture et les peintres. Il usait de ce style béat qui sert à louer les hommes de talent par l’étalage de leurs vertus domestiques, ou la description de leur home, dans les magazines destinés aux femmes. Il n’en eût point nommé qu’il n’eût pu qualifier de «membre de l’Institut», ou de «parfait homme du monde», et il croyait fermement avoir parlé peinture quand il avait fourni des anecdotes sur les peintres.

M. Chef-Boutonne, le papa, n’aimait que la peinture militaire.

Il dit à madame Dieulafait d’Oudart:

—Moi, j’aurais fait de lui un cuirassier.

—De qui? lui demanda sa femme.

—Je parle du jeune Alex: il est bâti!...