Et, lorsque le moment fut venu d’envoyer les lettres de faire part, madame Dieulafait d’Oudart, au milieu d’un bonheur si splendide qu’elle ne l’eut seulement pas osé souhaiter, se recueillit et se demanda quelle attitude il convenait qu’elle adoptât envers madame Chef-Boutonne, avec qui les relations étaient fort refroidies, et madame Lepoiroux, l’ingrate d’Yvernaucourt.
Elle s’avisa que leur adresser, comme à toutes ses connaissances, le vélin d’Angoulême: «Monsieur Lhommeau, ancien conseiller à la Cour, etc... madame veuve Dieulafait d’Oudart, ont l’honneur, etc... avec mademoiselle Hélène de Quatrespée»,—c’était bien, mais un peu sec, et frisant l’impertinence; et qu’il serait plus digne qu’oubliant toute rancune, elle écrivît à ses deux anciennes amies, de sa main, et ajoutât au nom de la jeune fille ce qu’une lettre officielle n’eût pu contenir: quelque chose comme le chiffre de la dot, par exemple, ou, tout bonnement, mon Dieu! ceci: «arrière-petite-fille du général marquis de Quatrespée, tué à la bataille de l’Isly...»
A ce témoignage d’un souvenir toujours vif madame Lepoiroux, qui grondait sourdement à Yvernaucourt, ne répondit rien. Mais madame Chef-Boutonne eut un cri de mère. A la suite de félicitations exagérées, ne pouvant, quant à elle, rien annoncer, momentanément, de magnifique de son Paul, petit employé de ministère, elle croyait répondre du tac au tac en apprenant à la mère d’Alex, avec une joie sincère, et des soupirs, et des atermoiements, que l’on avait découvert à son cher Paul un don naturel, et qui promettait d’agréables soirées à leurs amis: «une fort jolie voix de baryton ténorisant!...»
Madame Dieulafait d’Oudart tendit à son vieux père la riposte de la rue de Varenne à Nouaillé:
—Lisez donc, dit-elle; c’est comique!
FIN
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IMP. CHOGNARD.—ENGHIEN-LES-BAINS.—7971-7-18