—Madame Lepoiroux envoie son fils à Paris, et elle ira elle-même à Paris?
—Si elle contracte l’emprunt, dit le notaire.
—Ce qui est impossible!...
—Ce qui, au contraire, est réalisable, étant donné, d’une part, la valeur du jeune homme, et, d’autre part, la protection constante dont votre famille n’a cessé de le favoriser.
—Je la trouve forte, vous en conviendrez, Thurageau. Comment! parce que j’ai pris soin de son enfant dès la naissance, parce que je l’ai fait élever, instruire jusqu’à son baccalauréat, ses deux baccalauréats, si vous voulez, voilà que madame Lepoiroux élève la prétention que je lui dois la licence, le doctorat, l’agrégation, et qui plus est, à Paris... et qui plus est, dans le giron de sa mère!... Ah mais! ah mais!...
—Bienfait oblige, madame... non qui le reçoit mais qui l’accorde!
IX
On ne vécut plus, à Nouaillé, que dans l’appréhension de la visite des Lepoiroux. On prépara ses arguments, on se fortifia de manière à soutenir l’assaut. Entre temps, on échangeait lettres et billets avec le notaire. Thurageau avait revu la mère du jeune Hilaire: elle affirmait avoir trouvé prêteur; elle demandait un rendez-vous. Le notaire lui accordait le rendez-vous: elle ne s’y présentait pas. Elle n’avait donc pas trouvé prêteur. A Nouaillé, point de visite, point de nouvelles directes des Lepoiroux.
La première défense consistait à repousser la demande d’emprunt, qui, vraisemblablement, serait adressée à madame Dieulafait d’Oudart. Elle la repousserait en opposant les chiffres réels de sa fortune. Il fallut se résoudre à les connaître. Thurageau saisit l’occasion et accourut un beau matin, portant une serviette bourrée de paperasses. Il s’enferma avec sa cliente, deux longues heures, et accepta à déjeuner, car la séance n’était point finie. Mais déjà madame d’Oudart était édifiée: non seulement, elle n’avait pas le moyen d’être généreuse envers des étrangers, mais elle ne conduirait pas Alex au bout de ses études, en admettant qu’elles fussent réduites au minimum, sans engager aux trois quarts Nouaillé et ses fermes.
On touchait au départ; on était sans nouvelles des Lepoiroux; loin de s’en rassurer, on y prenait motif d’alarme: ne craignait-on pas maintenant que la veuve n’eût contracté ailleurs qu’en l’étude Thurageau?... Car tout emprunt, aujourd’hui ou demain, retomberait sur la famille Dieulafait d’Oudart. Une après-midi, les Lepoiroux arrivèrent.