Madame d’Oudart prit pour elle ce que la riposte avait d’amer.
Madame Chef-Boutonne emmena dîner les nouveaux venus à Meudon. Paul était absent; on n’était qu’à la mi-septembre: Paul voyageait en Allemagne.
—En Allemagne!... et tout seul?...
—Tout seul. Oh! c’est un homme!
Entre les mères, le moindre mot se faisait fléchette, et frappait.
XII
L’installation rue Férou exténua la pauvre madame d’Oudart. Ah! que l’on avait bien fait de s’y prendre de bonne heure! On n’avait pu tout prévoir; quantité de choses manquaient, qu’on dut acheter précipitamment ou extraire encore de Nouaillé mis à sac. Les meubles étaient insuffisants, mal distribués, disproportionnés, dépaysés, inutiles; la bonne, Noémie, hier habile en Poitou, aujourd’hui obtuse à Paris; la concierge, intermédiaire implacable entre locataires et fournisseurs, une bavarde inextinguible... Mais une pensée soutenait madame Dieulafait d’Oudart en ces revers de la première heure: tout sera au mieux si Alex est bientôt en état de travailler.
En vue d’obtenir ce résultat, tout fut coordonné. La maman n’avait pas fini d’ouvrir ses propres malles, que la chambre d’Alex était parachevée en ses détails les plus futiles; madame d’Oudart suspendait des étagères destinées à contenir les livres de droit, pendant que son fils se martelait les pouces en fixant de part et d’autre de la cheminée des photographies d’actrices et de femmes jolies, dont le réconfort, affirmait-il, lui était indispensable absolument.
Et quand cette chambre fut vraiment gentille, ils se regardèrent. Ils souriaient; elle attendait qu’il lui sautât au cou et la remerciât, mais il dit simplement:
—Ce sont les «types», par exemple, qui vont être épatés!