—Rappelle-toi, lui disait Alex, les histoires, au collège, à propos du chocolat de la Compagnie coloniale: Hilaire en voulait manger parce que j’en mangeais...
Madame Chef-Boutonne communiqua sa lettre à madame d’Oudart; madame d’Oudart lui tendit la sienne. Madame Chef-Boutonne ne fut pas flattée que l’on confondît le rôle qu’elle avait joué avec celui de madame d’Oudart: la «toute-puissante intervention», notamment, appliquée à l’une comme à l’autre protectrice, avait du comique!... Madame d’Oudart fut froissée de ce que, pour une visite au vice-recteur, madame Chef-Boutonne se fût attiré le titre de «bienfaitrice» des Lepoiroux, qui, à elle, lui coûtait si cher.
Peu s’en fallut que la lettre commune n’aliénât à la veuve Lepoiroux ses deux destinataires.
—Eh bien! ma belle, dit madame Chef-Boutonne, voilà, ou je ne m’y connais pas, un attentat, en plein jour, à la propriété; c’est à votre bourse qu’on en a!...
—J’y suis faite, dit madame d’Oudart, voilà vingt ans que cela dure...
—Vingt ans!...
—Je ne m’en vante point, mais...
Madame d’Oudart crut à propos d’édifier son amie par une chronique complète, depuis les origines, de la famille Lepoiroux, dont elle ne tirait, à vrai dire, nulle vanité, en temps ordinaire. Elle dit, sans rien farder, le rôle providentiel des Lhommeau et Dieulafait d’Oudart. Et, puisque c’était bien une rivalité de providences que la lettre commune établissait aujourd’hui en faveur des Lepoiroux, ce récit juchait madame Dieulafait d’Oudart au degré justement dû—que diable!—à la constance de ses sacrifices.
—Bravo, ma bonne! dit à madame d’Oudart son amie. Je vois bien que la cause de l’infortunée Lepoiroux est gagnée: ce n’est pas en si beau chemin que vous refuserez une nouvelle aumône!...
Et madame d’Oudart pensait que si, par hasard elle refusait son aumône, madame Chef-Boutonne était femme à offrir la sienne.