—Mon cher, interrompait Schnaps, je flétris les traînards!... La marche ascensionnelle de la démocratie...
—Allons à Bullier! s’écriait Alex.
Ils se levaient et allaient à Bullier.
Ce Schnaps, qui les contrariait tous, même Fleury; ce Schnaps, qui les outrageait et qu’ils injuriaient, leur était un coup de fouet hebdomadaire très apprécié. Ils disaient de lui tout le mal possible et l’attendaient impatiemment le jeudi. Un bal Bullier sans lui eût été insipide, car aucun d’eux ne s’amusait à Bullier; mais, lorsqu’ils avaient fait trois tours au milieu de cet Alhambra de pacotille où toute la bassesse du vocabulaire ordurier alternait avec toute la vulgarité du répertoire musical, le besoin de s’asseoir autour d’une table les ressaisissait, et les discussions recommençaient comme au «Vachette».
Alors c’était aux femmes qu’on s’en prenait. Comme les «traînards», Schnaps les «flétrissait» toutes indistinctement, courtisanes et mondaines, sans en excepter les mères, les sœurs et les fiancées, que respectaient ses auditeurs. Il n’exceptait que Nini, ici présente, qui, tenant l’hommage pour sérieux, avait M. Schnaps en haute considération. D’ailleurs elle était d’avis que l’avenir d’une femme est de passer sur la rive droite, et elle disait à son ami:
—Vous êtes tous des cornichons, c’est Schnaps qui est le malin.
Pour ne point quitter Schnaps si tôt, et ne se point quitter les uns les autres, l’agrément de Bullier épuisé, les amis continuaient la soirée dans quelque taverne jusqu’à ce qu’on en fermât les portes. Après quoi, Alex, ayant joui copieusement de ce qu’on est convenu d’appeler la liberté, réintégrait le domicile maternel.
XXVII
Dans le courant du mois de janvier, pour les étrennes de son vieux père, madame d’Oudart l’alla voir en Poitou. Elle y alla sans Alex, par crainte de nuire à ses études. Et, là-bas, elle montra à tous une figure rayonnante. «Alex? mais il se portait bien; il cumulait les études de droit et celles des sciences politiques; tout comme le brillant Hilaire, les lettres et le droit!» Les amis de Poitiers admiraient cette avidité de science qui caractérise les jeunes gens d’aujourd’hui: ils n’hésitent pas à embrasser les études les plus diverses.
—De mon temps, faisait M. Lhommeau, on embrassait moins d’études!...