—Bon! bon! cela suffit... Ils vont bien?
—Ils vont bien...
Madame Dieulafait d’Oudart et son fils furent invités à un dîner rue de Varenne, avec les Saint-Évertèbre.
On n’est pas plus coquet que n’était M. de Saint-Évertèbre. C’était un petit hobereau, cinquième garçon d’une famille excellente, sinon de noblesse fameuse, et bel homme, qui avait, quoique sur le tard, fait un riche mariage, par amour. Il avait, à soixante-cinq ans, la taille d’un godelureau, le jarret fin et alerte, des cheveux blancs, ondulés, soyeux, couchés de part et d’autre d’une allée large et rose; il portait monocle, col haut, des plastrons de tendres nuances, de beaux gilets, et trop de bagues, mais pour complaire à sa femme, un peu goulue quant à la parure.
La parure et l’amour semblaient avoir, de tout temps, absorbé madame de Saint-Évertèbre. Elle n’était plus toute jeune, mais ne s’y résignait pas, et disputait pied à pied aux années sa réputation de jolie femme. Fille d’un banquier tourangeau, on l’eût crue née plutôt en Andalousie, tant le jais de sa chevelure avait d’audace, tant sa toilette avait de puéril éclat et tant son œil était expert à mesurer l’effet de son poil et de ses couleurs.
Que ces gens-là étaient donc parfumés! L’atmosphère des Chef-Boutonne, volontiers académique, était traversée par un courant profane dont chaque cervelle se grisait.
Madame Dieulafait d’Oudart jaugea d’un coup les Saint-Évertèbre.
La fille était une superbe gaillarde de dix-huit ans, non pas si grande que riche de hanches, plantée fermement, la taille pleine et dure d’un jeune chêne vigoureux. Décolletée comme une femme, les plus splendides bras nus, casquée d’une toison fauve, et plus riche en parfum par elle-même que par les essences qu’elle s’ajoutait, mademoiselle de Saint-Évertèbre produisait au jeune Paul Chef-Boutonne l’effet d’une courtisane immodérément voluptueuse et qu’on lui eût permis de voir chez lui en présence de son papa et de sa maman, sous réserve de n’y pas toucher, provisoirement, mais avec promesse de la posséder, dans un laps de temps raisonnable, et s’il s’en rendait digne par le succès de ses travaux. Il en était tout ébaubi, tremblant presque, un peu pâle; et, au voisinage de cette chair, il perdait quelques-uns de ses moyens. Aussi refusait-il de jouer les saynètes en présence des Saint-Évertèbre.
—Il est troublé! disait sa mère.
Monsieur et madame de Saint-Évertèbre voulaient bien que Paul Chef-Boutonne fût troublé par leur fille. La fille elle-même paraissait consentir aux effets futurs de sa séduction. C’était une luronne qui eût sans vergogne épousé un sot pourvu qu’il fût en bonne position dans le monde, et trottât devant elle.