—L’amour-propre, disait Thurageau, on le met à triompher d’une difficulté par ses efforts personnels.
Sa cliente ne l’entendait pas ainsi: pour elle, elle plaçait l’amour-propre à demeurer dans l’état avantageux où le monde a coutume de nous envisager. Il était au-dessus de ses forces d’avouer à son fils, plus qu’à personne, la décadence de leur maison.
—Si c’est le seul moyen d’étayer la maison! disait le notaire.
—Si c’est l’abattre d’un coup? disait madame d’Oudart.
Thurageau, un jour, quittant Nouaillé, dans son cabriolet, croisa Alex qui rentrait à cheval, sous la châtaigneraie, et lui dit:
—Puisque vous voilà, tant pis!... j’enfreins la volonté de madame votre mère, mais j’ai quelque chose à vous dire, monsieur Dieulafait d’Oudart...
Alex sourit, croyant à une plaisanterie. Il flattait de sa main gantée son cheval, en le tenant écarté de la roue du cabriolet.
—C’est grave, dit Thurageau. J’ai des chiffres, là... Dans deux, trois ans, tout au plus, il faudra gagner la vie de votre maman, mon garçon!
—La vie? dit Alex.
—La vie! répéta le notaire. Pensez à cela, je ne vous en dis pas plus. D’ailleurs, c’est tout.