—Ces dames n'avaient pas averti qu'elles viendraient pour le défilé…

—Ça ne fait rien, ma bonne Adrienne! s'il y a un peu de poussière et des housses, voilà qui nous est bien égal; nous ne venons que pour le balcon et ne verrons que les braves poilus…

Adrienne, verdâtre et troublée, tient visiblement à faire l'aimable:

—Mademoiselle va-t-elle se décider à choisir parmi eux un gentil mari?… Puisque mademoiselle n'a jamais voulu se laisser faire par un compatriote, ça n'est pas défendu d'épouser un allié, un Russe, par exemple; ah! on dit qu'ils sont joliment beaux hommes!…

La maman et les amis hochèrent la tête. C'était le sujet délicat dans la famille. Martine, à vingt-cinq ans sonnés, quoique jolie et courtisée tant et plus, et demandée vingt fois en mariage, n'avait jamais trouvé un homme à son goût. C'était désespérant.

—J'épouserai un amputé des deux jambes, dit Martine; comme cela je serai sûre qu'il ne courra pas!…

Et, ayant traversé plusieurs pièces, aux volets clos, on gagnait le balcon.

Ici, effarante surprise: le balcon était occupé. Occupé à peu près entièrement, et la meilleure partie, celle qui donnait sur le boulevard, par une foule compacte!

—Ça, dit-on, c'est un coup d'Adrienne…

On cherche Adrienne pour s'informer quels sont ces gens. Adrienne a disparu. Martine, qui n'a pas froid aux yeux, demande au premiers venus: