Il détestait cette femme; il la méprisait; elle lui faisait horreur. Il lui dit:
—Ah! c'est vous! Qu'est-ce que vous me voulez encore? Vous n'êtes pas contente de m'avoir brouillé avec votre mari?… Je ne regrette que lui, allez!…
Et il faisait une si mauvaise figure en disant cela que Laure éclata de rire.
Elle éclata de rire, et il vit sa belle bouche, toutes ses dents admirables et pures.
Il cherchait dans sa mémoire d'ancien potache, d'ancien soldat, les épithètes les plus ignobles, les plus infamantes à adresser à cette femme; et il en trouvait avec une aisance parfaite la collection graduée selon le sens ascendant de son dégoût. Tout ce cloaque verbal se déversait vers la belle bouche, dont il s'approchait à mesure qu'était faite la trouvaille d'une flétrissure plus accablante.
Sans s'émouvoir, et souriante, Laure, il est vrai, raccourcissait la distance.
—Ah!… vermine!… Ah! misérable! s'écriait-il, quand il toucha enfin la bouche de Laure.
—Ma chérie!… mon amour!… balbutiait-il, lorsqu'il se pâma entre ses beaux bras.
—Es-tu serin! non, mais es-tu assez serin! disait Laure innocemment, de t'éreinter à faire un pareil chichi, en imagination et en paroles, quand tu es là, bien à ton aise, et quand il n'y a plus d'obstacle à ce qu'on s'aime…
Juin 1914.