—Oh! pour moi, madame, c'est fini. Je sais ce que c'est: j'ai fait la gaffe... Oui, oui... Pensez... Je ne cachais rien, moi; je n'ai pas de secrets. Je racontais tout... Alors voilà, j'ai tout raconté...
—Tout?... Mais quoi donc, ma pauvre enfant?
—Tout: mais ça; vous, moi, à cette porte de magasin: les nouvelles que je vous ai dites pour vous tranquilliser... Songez qu'il y avait eu déjà le fait de la gare qui n'avait pas passé facilement... Alors ça, ç'a été le comble: je ne reçois plus rien, rien...
Elles étaient sur le pas de la porte. Mademoiselle Jeanne avait les larmes aux yeux. On la rappelait dans le magasin. Madame Varennes ne put que lui jeter un banal «bonjour, mademoiselle» et, une fois sur le trottoir, eut conscience qu'elle entretenait des relations tout à fait incorrectes et dont, en effet, elle ne pourrait pas du tout parler à son fils.
III
Elle contint, durant un assez long temps, l'élan naturel de son cœur. Elle commit même une petite infidélité au magasin de la rue Daunou.
Mais les événements de la guerre la foudroyèrent. Un triste jour vint où elle commanda son deuil, tout entier, y compris les gants, dans une maison spéciale.
Cependant, comme elle traînait dans Paris sa détresse, une après-midi, elle ne put se retenir d'entrer dans son magasin habituel.
Mademoiselle Jeanne ne fut pas surprise de la voir sous le crêpe. D'elle-même elle atteignit le carton des affreux gants noirs et elle fit essayer à sa cliente le Suède funèbre. Ni l'une ni l'autre des deux femmes ne prononçaient un mot. Pensaient-elles à l'inconvenance d'une parole dont l'ombre du héros chéri se fût offensée?... Les doigts tremblants de l'amoureuse caressaient doucement les doigts tremblants de la mère. Mais tout à coup ceux-ci firent sentir à ceux-là une pression si tendre et si prolongée que l'essayage en fut suspendu...