»Il y avait trace d'un aide-pharmacien en 14 et même en 15, et nommé Mourveu. Quant à une affaire avec l'infirmière, les uns en ignoraient, les autres y opposaient un démenti catégorique. Certains, à cette évocation d'un souvenir déjà effrité, souriaient.
«—Enfin, demandait Stanislas, ce Mourveu était-il latiniste?»
»Stanislas, posant cette question, tomba mal. Latiniste? Les personnes auxquelles il s'adressa ne savaient pas ce que cela signifiait. Cependant, il fut plus heureux en interrogeant l'officier gestionnaire, qui, par hasard, était lettré.
«—Latiniste?... oui, je me rappelle en effet que l'aide-pharmacien Mourveu était licencié ès lettres, un cerveau un peu brûlé d'ailleurs, comme l'atteste cette fugue des cours de la Sorbonne à une boutique d'apothicaire; Mourveu avait la manie des citations, comme un vieux, vieux monsieur.»
»Ah! quelque vérité gisait donc sous la légende des «entretiens en latin». Le lieutenant Stanislas était sans diplômes, mais enfin, il avait fait ses études, et assez récemment pour que quelques vers latins lui demeurassent dans la mémoire. Il chercha, trouva les mots par bribes, juxtaposa, scanda, établit laborieusement des fragments de textes, et, un beau jour, tandis que madame X.. le pansait, il jeta négligemment:
«—Veneris nec proemia noris...»
»La sonorité de ces mots éveilla les esprits de l'infirmière, mais il était clair que les mots demeuraient pour elle incompréhensibles.
«—Vous avez fait vos études, vous? dit-elle au blessé.
»—Oh! pardieu, comme tout le monde...
»—Comme tout le monde, non!»