—Je l'aurais su, et de cette façon-là et par vingt bonnes amies, si ça s'était passé à peu près convenablement; j'entends: si ça s'était passé dans notre monde...
—Ah! c'était avec une...
—Pas tout à fait; mais enfin, avec une théâtreuse, ou, si tu préfères: une de nos charmeuses les plus comme il faut!
—Aïe!... Après tout, pourquoi sommes-nous enragées à passer nos soirées dans ces boîtes de Montmartre, des Champs-Élysées ou des Boulevards? Les femmes qui y triomphent ne le font que par leurs charmes physiques. Nous ne parlons que d'eux, et nous les détaillons comme des chefs-d'œuvre; comment nos maris seraient-ils insensibles?
—Dis donc, tu as l'air de trouver tout naturel ce qui m'est arrivé?
—Je le trouve tellement naturel que je songe en ce moment à mon propre sort et me demande s'il est possible qu'Henri n'en ait pas fait autant...
—Ton mari! Mais, Mathilde, tu es folle! Il t'adore; il n'a jamais connu d'autre femme que toi; c'est toi qui m'en as fait la confidence; il te donne un bébé chaque année!
—Oui, oui, précisément; c'est ce dernier point qui m'invite à réfléchir... Ces périodes critiques, ma bonne amie!... Crois-tu que je sois assez sotte pour n'avoir jamais songé à cela?
—Mais tu n'y as pas songé, ma chère Mathilde, parce que tu as bien vu que ton mari ne cessait jamais de t'aimer.
—Et toi, si ce que tu me racontes est vrai, t'es-tu aperçue que le tien cessait de t'aimer?