»Je ne savais même pas que mon mari allât jamais aux courses... Je n'ai pas flanché, heureusement; j'ai feint de prendre gaiement la chose. J'ai dit:
«—Le coquin ne m'a pas avertie. Ce n'est pas tant à cause de la perte, mais il est plein d'amour-propre: il a dû être vexé de s'être laissé mal tuyauter...»
»En attendant, j'étais informée d'un fait capital: c'est que mon mari était la veille à Longchamp; or, la veille, il était parti avec la petite valise!... Tu parais songeuse, Mathilde; à quoi penses-tu?
—Je pense, dit Mathilde, à un certain jour où le mien n'est pas rentré déjeuner.
—Oh! écoute, tu es décourageante; je ne te raconterai plus rien. Je te dis mon malheur, qui est réel, considérable, et qui me tue; et tu t'adonnes à des imaginations égoïstes et puériles.
—Egoïstes, peut-être, mais puériles, qui sait? On verra. Allons, Lucie, continue. Te voilà avertie que ton mari simule un déplacement qu'il n'accomplit pas, et puis, en somme, c'est tout. Il commet un petit mensonge, il joue la comédie, probablement parce qu'il a la passion du jeu, tout simplement, et qu'il ne veut pas que tu t'en tourmentes. Mais après? Rien ne prouve qu'il te trompe; ce qui s'appelle tromper...
—Je vais t'apprendre si rien ne me le prouve! Es-tu assez innocente pour penser que l'intervention de ma bienveillante amie ait été le fruit du seul hasard? Allons donc! C'était bel et bien une manière d'amorcer une histoire, toute une histoire qu'elle désirait me raconter par le menu.
»Deux jours après sa première gentillesse relative à l'affaire de Longchamp, la même personne vient à moi. C'était chez madame X...
«—Vous êtes mélancolique, me dit-elle. Je suppose bien que le Grand Prix ne vous a pas été fatal au point d'influer sur votre humeur?»
»Je sens aussitôt qu'elle avait prémédité d'insister sur la rencontre de mon mari au Grand Prix. Je n'étais pas plus mélancolique que de coutume; mais en commençant par une douce compassion, la dame pénétrait dans le sentier qui lui plaisait. Elle me demanda si je m'intéressais aux courses. Tu sais que je n'y mets pas les pieds.