«—Voyez-vous, il n'y en a pas une de nous à qui le malheur ne soit arrivé.»

«Je ne voulais pas avoir l'air d'une présomptueuse par trop niaise en protestant que, pour ma part, j'ignorais que le «malheur» m'eût, jusqu'ici, frappée. Je dus prendre une certaine mine d'acquiescement. Et, aussitôt, sans plus temporiser, elle me saisit la main, les deux mains, en me disant, du ton le plus mielleux:

«—Pauvre petite!...»

«Ça y était! Je n'avais plus qu'à me laisser raconter mon «malheur».

«—Il ne faut pas avoir d'orgueil et se croire trop exceptionnelle, me dit-elle; mais, avouez-moi,—je vous consulte à cause de votre intelligence:—qu'est-ce qui vous a été le plus pénible, à vous? Quand c'était avec une femme du monde, ou bien avec une autre?».

—Est-il possible, dit Mathilde, de s'entendre dire des choses pareilles? Tu ne l'as pas écrasée sous ton talon, cette vipère-là?

—Tais-toi. J'étais tout oreilles. J'étais prête à supporter n'importe quoi pour apprendre davantage. Figure-toi ce que c'est: on croit à son bonheur; on est sûr de connaître sa propre vie, que diable! Pas du tout: vous voilà en face de quelqu'un qui la sait, votre vie, et qui va vous la détailler page par page...

—Tu le vois bien! C'est toi qui le dis: nous ne connaissons pas notre vie... Nous sommes là à croire à notre bonheur... Ah! mon Dieu! Ah! mon Dieu!...

—Mathilde, ne déraille pas, je t'en supplie. Il ne s'agit pas de toi. Rien de tout ceci n'a le moindre rapport avec ton bonheur et ta vie à toi... Veux-tu ou ne veux-tu pas que je te raconte ce qui me concerne?

—Vas-y! Ce qui te concerne s'applique aussi à bien d'autres...