—Enfin... Je prends, vis-à-vis de ma «vipère», comme tu l'appelles, le parti de répondre aussi évasivement que possible. Je lui dis, ma foi, ce que j'ai toujours pensé, à savoir que la chose la plus désobligeante pour moi était de me trouver nez à nez avec une rivale, de l'entendre me parler, d'être obligée de lui répondre.

«—Vous êtes une sentimentale, me dit-elle: mais les autres, celles qui ne nous arrachent pas une parole de bienvenue, nous coupent les cordons de notre sac...

«—Que voulez-vous dire par là, madame?

«—Décidément, vous êtes encore plus charmante que je ne pensais! fait-elle: votre sac, ma petite, ce sac que vous tenez à la main et où se trouvent votre rouge, votre poudre et aussi votre porte-billets...

«—Oh! dis-je, bêtement piquée...»

«Dieu, qu'une femme heureuse peut être ignorante!

«—...Mais, mon mari est jeune, c'est un très joli garçon: à supposer qu'il lui passe un caprice, je ne suppose pas que cela puisse lui coûter cher...»

» C'est ici que tu aurais vu ta vipère se tordre, ma pauvre amie.

»—Mais, dit-elle, jeunes ou vieux, beaux, ou laids, c'est la même chose, petite oie blanche! L'or est un métal qui s'amalgame à l'amour comme à la nacre des dents les plus séduisantes; il y a bien peu de gamins, même frais émoulus du collège et dénués tout à fait d'argent de poche comme de savoir-vivre, qui échappent à la règle.

»—Alors, je m'en tiens à ma préférence, lui dis-je, et qui était tout à fait désintéressée: j'aime mieux que certains contacts directs soient évités.»