— Vous êtes bon !

C’est un fait assez curieux, que je consentais bien à compatir à sa misère secrète, tant que nous restions là-dessus silencieux. Mais à cette légère allusion qu’elle y fit, je ne sais quoi regimba en moi : non, non ! je ne voulais pas avoir l’air de dorloter avec elle l’image de Gérard ! Et je protestai :

— Assez de bonté, Bernerette ! Vous vous trompez, je vous jure !

Elle eut presque peur. Après quoi, dès que je la vis troublée et malheureuse à cause d’un mot que je lui avais dit, ce fut moi qui faiblis, et j’aurais commis toute bassesse pour qu’elle se rassérénât, la chère petite !

Elle ne saisissait pas, bien entendu, tant de nuances sentimentales, et elle me cajolait de nouveau pour que je fusse « son ami », disait-elle. Ah ! l’ami que j’étais !

— Si je vous perdais !… me dit-elle aussi un jour.

Et une question qu’elle voulait provoquer peut-être, m’effleura les lèvres : « Vous êtes donc malheureuse, Bernerette ? » Mais je ne posai pas la question. Je ne fus pas bon, cette fois-là.

Puis arrivèrent, dans la première semaine de juillet, de grandes chaleurs ; la famille partit précipitamment pour la mer, parce que Bernerette semblait fatiguée. Sa mère me confia :

— Elle devient taciturne, elle si gaie, si ouverte !…

Je la rassurais ; je lui disais :