La frénésie de sa passion me brûlait comme un fer rouge. Elle aimait au point de désirer que Gérard vînt au Ranelagh, fût-ce pour d’autres, parce que, du moins, elle le verrait !… Je faillis crier, ou bien lui dire à elle, tout à coup, ma douleur, et m’en aller.
Comme je temporisais, elle demanda, en précipitant l’une sur l’autre les syllabes :
— Eh bien ! eh bien ! qu’est-ce qu’il a dit à cela ?
— Il a ri.
Elle l’aimait trop ! elle l’aimait trop ! Elle usait trop aussi de moi, sans vergogne. Ce que je souffrais atteignait l’intolérable. Cependant, cette extrémité, je le sais, n’excuse pas la faute que je commis. Je ne fus pas bon, ce soir là ! J’ajoutai, en regardant la petite martyre dans ses deux yeux de chatte :
— Il a ri : je lui ai vu sous la moustache toutes ses belles dents !
Je me vengeais en la laissant sur une image qui pouvait lui faire désirer son Gérard davantage…
Un domestique apporta des châles pour ces dames ; puis madame de Chanclos supplia sa fille de rentrer au château, parce qu’un peu de fraîcheur montait de la vallée. Je vis que l’on commençait à traiter Bernerette comme une malade. En rentrant avec elle, je lui dis qu’il était urgent qu’elle fît l’aveu de ses sentiments à sa mère, qui s’égarait sur la cause de son tourment, d’une façon désobligeante pour moi.
— De quelle façon ? dit Bernerette.
— Oh ! épargnez-moi d’insister !