Je n’avais jamais écrit à Claude Gérard ; ma lettre seule serait pour lui assez frappante ; une lettre banale, sans but apparent, mais où se trouverait posée, comme par hasard, en vedette, toutefois, l’indépendance absolue de mademoiselle de Chanclos, préparerait Gérard à recevoir ce qu’il dépendait de moi qu’il obtînt : par exemple, une invitation à la chasse. Je ne pensais pas que Gérard acceptât ; mais du moins devrait-il, bon gré mal gré, discerner qu’on cherchait à attirer son attention de ce côté-ci ; il ne saurait, en tout cas, manquer de m’en parler lorsque je le verrais à Paris, et si ma rage bienfaisante persistait alors, il n’était pas impossible, en vérité, que je ne contribuasse à unir « mon ami » Claude Gérard et mon amie Bernerette !


J’écrivis, cette nuit même, la lettre banale et significative, et, l’ayant cachetée et timbrée, je fus soulagé, et dormis.

Le lendemain, Bernerette me trouva plus calme. Elle me dit :

— Vous avez parlé à maman ?

— Non.

— Vous avez parlé à mon père en chassant ?

A mon tour j’interrogeai :

— Et vous, Bernerette, avez-vous parlé à vos parents ?