Il prit le temps de réfléchir, et adressa à madame de Chanclos un mot aimable, mais d’excuses : il était momentanément empêché de s’absenter de Paris.

Cela fut annoncé pendant le déjeuner, comme une nouvelle quelconque. Bernerette n’eut pas un mouvement insolite, et ses parents pas la plus médiocre intuition de son ébranlement dissimulé. Je crois bien que ce fut moi le plus agité en apparence, parce qu’en un instant, j’imaginai les conséquences de ce simple refus de Gérard.

Alerte pénible, mais courte. Nous quittions la table, après ce même repas, quand on me remit un télégramme de Claude : l’empêchement au voyage de Langeais était par hasard écarté ; il me priait de lui répondre télégraphiquement si on l’autorisait à revenir sur sa décision de la veille.

Je lus tout haut le télégramme. Bernerette manqua de sang-froid, cette fois. Elle dit au domestique qui attendait :

— Faites atteler la charrette anglaise : nous irons porter la dépêche !…

Le domestique fit observer que le porteur était monté à bicyclette et qu’il serait plus tôt au bureau que la charrette anglaise.

— Et puis, dit madame de Chanclos, il faut laisser les gens déjeuner.

Bernerette fit la moue. Mais ce fut elle qui trouva la feuille de papier, l’encre, la plume.

De la volte-face de Gérard, j’augurai qu’il se passait chez lui des drames : hier il pensait reconquérir Isabelle ; aujourd’hui elle lui jouait un tour de sa façon. Mais n’irait-elle pas l’arrêter à la gare ?

J’en étais venu à désirer ardemment le voyage de Claude !