Claude accomplit le voyage. Il n’était pas à une heure de Langeais, que je désirais qu’il n’arrivât pas. Quand il fut là, dans le petit salon tendu de toile de Jouy fanée, ou sur la terrasse, ou sous la charmille, entre Bernerette et moi, et que mon rôle m’apparut, j’eus de la lâcheté : je les abandonnai ; j’allai m’étendre sur mon lit. J’aurais pleuré comme un enfant, si une sorte de fureur ne m’avait saisi. Je redescendis. Je trouvai M. de Chanclos ; je lui dis :

— N’irons-nous pas tuer un perdreau avant ce soir ?

J’entendis peu après M. de Chanclos, au jardin, qui criait :

— Henri a le diable au corps ; il veut chasser. Êtes-vous des nôtres, monsieur Gérard ?

Et les yeux colères que me fit Bernerette, quand Gérard accepta d’être des nôtres !…

Aussitôt dans les champs, Claude me confia qu’il avait cru, l’avant-veille, avoir fait renoncer Isabelle au mariage ; une rencontre définitive entre eux devait décider de la paix ; mais au lieu de cette rencontre, elle le laissait se morfondre, la soirée entière, et elle lui envoyait le lendemain un « bleu » qui, disait-il, « lui avait fait beaucoup de peine ». Qu’il était donc évident que la conduite d’Isabelle envers Gérard était déplorable, et que Gérard le sentait enfin, tout en s’efforçant de ne pas le croire… et qu’il était rivé à elle par quelque lien que la conduite d’Isabelle la plus fâcheuse ne briserait pas de sitôt !

Je lui dis :

— Enfin te voilà loin d’elle : l’absence, comme la nuit, porte conseil.

Il me confia :

— En venant ici, je n’ai voulu que mettre Isabelle à l’épreuve ! moi parti, que décidera-t-elle ? C’est ce que nous allons bien voir.