— Vous pouvez jurer ! ça n’empêche rien. Et si vous voulez savoir mon opinion, à moi, je vais vous la dire, c’est que si ce mariage se fait, j’aurai autant à m’en repentir que Claude !

— Allons ! allons ! n’exagérons rien !

— Voilà !… c’est cela même !… Vous croyez, vous aussi, que c’est moi qui excite Claude à m’épouser ! Détrompez-vous ! si j’avais voulu épouser quelqu’un à mon goût, ç’aurait été le petit blond, qui en fait une maladie à présent, parce que je le refuse ; et si j’avais voulu faire un mariage raisonnable, mais là, sérieux, pour avoir la paix, la sécurité et… l’aisance, — je peux bien vous dire ça entre nous, car Claude n’est pas riche, tant s’en faut ! — eh bien, je vous le jure sur la mémoire de mon pauvre petit enfant, c’est son père, à ce chérubin, que j’aurais épousé, et non pas un autre !

Je ne disais rien. J’ouvrais les yeux avec une certaine stupéfaction. Elle reprit :

— Vous allez peut-être dire comme cet autre hypocrite qui a dîné ici une fois avec vous et qui ne s’est pas gêné pour insinuer à Claude que je lui jouais la comédie ?… La comédie ? moi ? non ! Je n’ai pas assez de malice. On me l’a toujours dit, que je n’avais pas volé le Saint-Esprit, je finirai par le croire… Je vous ai dit la vérité vraie dès le premier jour : oui, le blond a voulu m’épouser. Quand le père de mon petit ange a su que ce jeune homme voulait m’épouser, c’est lui, à son tour, qui aurait bien fait n’importe quoi pour ne pas me perdre. Est-ce que je pouvais cacher cela à Claude ? Non. Eh bien, dès que Claude a su cela, il s’est montré plus acharné que les deux autres : voilà la comédie ; elle n’est pas de moi, comme vous pouvez en juger ; elle s’est faite toute seule.

— Mais, hasardai-je, si, avant que la chose ne soit conclue, l’un des deux autres manifestait un acharnement plus vif que celui de Claude ?…

Isabelle dit innocemment :

— Ça n’est guère possible : Claude m’a chambrée ; je ne quitte plus d’ici !

Voilà tout le résultat que je tirai de ma visite chez Claude Gérard. En descendant l’escalier je sentis bien que je venais d’essuyer une déception. Était-ce pour n’avoir pas rencontré Gérard ? Un peu : car il m’eût peut-être donné des nouvelles du Ranelagh !

Après, pour ne pas rire de moi, je me mis à rire de Claude Gérard en réfléchissant à son sort pitoyable.