Je m’abandonnai ; j’épanchai mon cœur. Je ne souris pas. Bernerette non plus. Elle baissait les paupières, comme la veille, et elle avait la figure d’une petite bienheureuse.

Elle me prenait la main, quand nous étions seuls, et elle me la serrait tendrement. Je n’en demandais pas plus ; n’était-ce pas beaucoup me dire ?

J’obtins plus, cependant ! Elle me confia tout bas, quand je lui dis adieu :

— Personne, jamais, ne m’a dit ce que vous m’avez dit, Henri !…

J’ai vu, tournées vers moi, à la lueur de la lampe, la petite figure adorée, la bouche qui martelait trop vite ces chères syllabes, les deux mains tendues !

Madame de Chanclos m’avait précédé dans l’antichambre. Je revins sur mes pas. Je me penchai de nouveau vers Bernerette pour lui baiser les mains. Elle ajouta :

— Personne ne me dira plus jamais… ce que vous m’avez dit…

Et j’entendis qu’elle sanglotait pendant que, de l’autre côté de la porte, je parlais à sa mère.

Pour la vingtième fois depuis le matin, madame de Chanclos me dit :

— Elle est perdue !… Elle est perdue !…