— Mais non ! Mais non !

Et je citais des exemples de guérisons connues.

— L’essentiel, disais-je, — et que les médecins négligent trop, — est de maintenir un bon état moral…

Madame de Chanclos me prit la main et je vis une larme au coin de ses yeux.

— L’état moral, il n’y a que vous qui ayez jamais su le lui maintenir bon. Et vous allez nous quitter ! Sans vous, que deviendra-t-elle ? Elle va écrire, du matin au soir, comme elle fait quand vous n’êtes pas là…

— Elle écrit donc toujours ? Mais qu’écrit-elle ?

— Toujours, depuis sa maladie. Elle écrit sur du papier à lettres ; elle enferme ce qu’elle écrit dans des enveloppes… qui ne partent pas, bien entendu : elle ne met ni timbre ni adresse. Un jour elle en a des piles ; le lendemain, elle les fait brûler. « Mais, maman, puisque ça m’occupe !… Mais, ce sont mes secrets, tiens !… » Ou bien elle a le toupet de me répondre : « Ce sont des lettres pour saint Joseph, je les ferai porter à l’église… » Non ! voyez-vous, de nos jours, les jeunes filles ne respectent ni Dieu ni parents !

Puis elle affecta de sourire ; elle était très émue, la pauvre maman ; elle eut quelques réticences, enfin elle me dit :

— Figurez-vous… il faut bien que je vous l’avoue, j’ai cru que ces lettres vous étaient destinées…

Je fis un geste d’étonnement, de dénégation, de protestation.