— Moi, je vous remercie… C’est si bon ! si bon, de se sentir aimée !
Je m’écriai :
— Quand on aime !
Elle ne répondit point à cela. Elle reprit :
— Quand je pense que j’aurais pu mourir sans avoir entendu les choses douces… les choses si douces… que vous m’avez dites !…
Elle se tut une minute. On entendait les rafales au dehors et une branche d’eucalyptus qui fouettait la persienne. Je répétai, un peu bêtement, mais poussé par la force de l’instinct :
— Je vous aime, tant !… tant !…
Elle referma ses paupières, comme elle l’avait fait si souvent pendant ces deux derniers jours, et elle dit :
— Que cela doit être délicieux !
Ce furent les derniers mots échangés entre nous deux seuls, parce qu’un domestique vint m’avertir que l’heure d’aller à la gare était sonnée. Ces derniers mots ambigus, que je n’avais pas le temps d’éclaircir, qui contenaient, à ce qu’il me semblait, de quoi me réjouir ou de quoi m’alarmer à jamais, je les emportai comme la relique suprême que nous laisse le plus souvent une femme : comme une énigme insoluble, déchirante.